Le rapport Graëff et les premiers projets de ligne (1868)

Le 6 septembre 1868, le Journal de Roanne publie un long compte rendu du rapport présenté par l’ingénieur Graëff sur les différents projets de chemins de fer vicinaux dans la Loire. Ce document est particulièrement important, car il expose les différentes solutions alors étudiées pour relier Roanne au nord du département et compare leur intérêt économique.

Le rapport compare plusieurs itinéraires, dont une ligne directe vers Marcigny et une ligne desservant Charlieu avec un embranchement vers Belmont.

Extrait qui concerne la future ligne passant par Charlieu :

Ligne de Roanne à Charlieu avec embranchement sur Marcigny et Belmont.
M. l’ingénieur de l’arrondissement de Roanne a dressé l’avant-projet de la ligne de Roanne à Charlieu avec des détails tels que ses estimations doivent inspirer la plus grande confiance, et nous avons, comme on le verra dans le rapport spécial à l’appui du projet, adopté avec lui le tracé qui part de la gare de Roanne, préférablement à celui qui partirait de la gare du Coteau.
La partie comprise entre Roanne et Pouilly, qui a 42k, 50 de longueur, coûterait 1 448 000 f, ce qui ferait revenir le kilom. à 118 000 et à 134 000 en y ajoutant 16 000 f pour le matériel roulant, ce qui porterait pour 42k,50 la dépense totale à 1 675 000 f.
Entre Pouilly et Charlieu la dépense serait de 110 000 f par kilomètre, matériel compris ; l’embranchement ayant 5k,14 de longueur, ce qui porterait pour les 5k,14 la dépense totale à 565 400 f.
D’un autre côté, il est établi dans notre rapport spécial à l’appui du projet que le revenu kilométrique peut être estimé à 46 800 fr.

Quant à l’embranchement de Charlieu à Belmont, il est établi dans notre rapport spécial sur le projet que cet embranchement, qu’on ne pourrait exécuter qu’avec le système Fell, coûterait 80,000 f par kilomètre, ce qui, en ajoutant 15,000 f pour le matériel, ferait 95,000 f et porterait pour la longueur de 15k,50 de l’embranchement sa dépense totale à 1,472,500 f ; et comme, d’après les renseignements joints au projet, il ne rapporterait que 2,400 f, c’est-à-dire à peu près le tiers de ses frais d’exploitation, il faudrait parfaire annuellement cette insuffisance et se résigner de plus à la perte sèche du capital d’établissement 1,472,500 f.

Il est donc de toute évidence que l’embranchement de Belmont doit être rejeté, et la route départementale n° 4 suffit largement au faible trafic de Charlieu à Belmont. Mais si l’embranchement de Charlieu à Belmont doit être rejeté, il y en aura certainement un autre à exécuter lorsqu’on fera celui de Pouilly à Charlieu ; c’est l’embranchement de Charlieu à la Clayette : il y a entre ces deux points un très-grand trafic. La part du département de la Loire dans cet embranchement sera toujours peu importante à cause du peu de longueur qu’il aura sur son territoire, et c’est au département de Saône-et-Loire qu’incombera la plus grande part dans la dépense.

Ce texte montre que, dès 1868, les ingénieurs ne raisonnent plus seulement à l’échelle locale. La future ligne est pensée comme un maillon d’un vaste réseau transversal reliant le bassin stéphanois, le Roannais, le Charolais et, au-delà, les grandes lignes nationales. Le rapport compare les coûts de construction, les recettes attendues et les subventions nécessaires afin de déterminer la solution la plus avantageuse.

Il est également intéressant de constater que le projet prévoit déjà un rôle majeur pour Pouilly, où se rejoindraient plusieurs itinéraires, tandis que Belmont n’apparaît que comme destination d’un embranchement et non comme axe principal.

➜ Source : Journal de Roanne, 6 septembre 1868.


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Page créée le 01/07/2026 — Dernière mise à jour le 01/07/2026