La porte Chanteloup

La porte Chanteloup (interprétation par l’IA)
Cliché original de Stéphane Geoffray, conservé à la médiathèque de Roanne, pris avant la destruction de la porte (décidée en 1854).

On entrait dans la ville par quatre portes principales : la porte des Moulins, la porte Chanteloup, la porte Notre-Dame et le guichet de Semur. Aucune n’existe aujourd’hui ; mais on ne peut pénétrer facilement dans la ville que par les entrées qu’elles occupaient, qui en ont conservé les noms. Près de chacune de ces portes, il y avait une pièce pour le corps de garde, qu’on louait quelquefois en temps de paix.

➜ Source : Jean-Baptiste Desevelinges, Histoire de Charlieu, 1856, page 309.

La porte Chanteloup sur le plan Andriot (1769), collection Cédric Bassi.
Entrée principale de la ville au sud-est, et donc sur la route de Lyon à Paris.

Origine

La porte Chanteloup fut construite lors de l’édification de la seconde enceinte de Charlieu, probablement dans la seconde moitié du XIVᵉ siècle.

Face aux ravages de la guerre de Cent Ans, les habitants demandèrent en 1358 au régent Charles l’autorisation de démolir le vieux castrum royal du Bourg Chevalier afin d’en réemployer les matériaux pour « clore de murs leur cité ». C’est sans doute dans le cadre de cette vaste campagne de fortification que fut construite la porte Chanteloup.

Édouard Jeannez décrit cette enceinte comme un puissant système défensif composé de hautes murailles, de tours circulaires et de fossés alimentés par les eaux du Somplain. Plusieurs portes permettaient de contrôler les accès à la ville, parmi lesquelles figuraient la porte Notre-Dame, la porte des Moulins, la porte de l’Abbaye, la porte Chanteloup, la porte Lancelot ainsi que les guichets de Semur et de la Denise.1

1 : Édouard Jeannez, Les fortifications de l’abbaye et de la ville fermée de Charlieu en Lyonnais, p. 470-471.

Le nom de la porte

La porte Chanteloue est mentionnée, avec cette orthographe, dans des reconnaissances de 1523 et de 1529. En 1647, on trouve le nom écrit Chanteloue et Chanteloup.

➜ Jean-Baptiste Desevelinges, Histoire de la ville de Charlieu, p. 310.

Une porte fortifiée

Comme les autres accès principaux de la ville, la porte Chanteloup n’était pas un simple passage percé dans le rempart.

Les archives montrent qu’elle possédait au moins un pont-levis, (mentionné pour des réparations en 1679), preuve que les dispositifs défensifs étaient entretenus longtemps après la fin du Moyen Âge.

En 1709, lors de la grande disette, les consuls ordonnèrent de remettre en état les principales portes de la ville afin de mieux contrôler les entrées. La porte Chanteloup est explicitement citée dans cette décision.

Jeannez estime qu’elle devait également être équipée d’une herse et probablement d’une barbacane, comme les autres portes importantes de Charlieu. La porte était précédée de fossés en eau faisant partie intégrante du système défensif de la ville.

Une porte au cœur de la vie quotidienne

Au fil des siècles, la porte Chanteloup perdit progressivement sa vocation militaire pour devenir un élément de la vie quotidienne des Charliendins. Les archives montrent que ses fossés furent successivement utilisés comme scierie hydraulique, puis transformés en viviers à poissons lorsque leur rôle défensif disparut.

Le voisinage immédiat de la porte demeurait également très animé. Un corps de garde y était installé et pouvait être loué en temps de paix2. Au XVIIIᵉ siècle, un marché des fils de coton se tenait à proximité3, tandis que les maisons s’adossaient progressivement à la porte, réduisant encore l’espace de circulation.

Lorsque le conseil municipal décida sa démolition en 1854, ce n’était donc plus une fortification que l’on abattait, mais un ouvrage depuis longtemps intégré au tissu urbain, autour duquel s’était organisée une partie de la vie économique et quotidienne de la ville.

2. Desevelinges pages 308 et 309.
3. Chaverondier, Inventaire sommaire, série B, page 388 (voir détail ici)

Notes de Stéphane Geoffray : Charlieu : ruines des anciennes fortifications, photo conservée à la médiathèque de Roanne.

La seule porte photographiée

La porte Chanteloup présente un intérêt tout particulier : c’est la seule des anciennes portes médiévales de Charlieu dont nous connaissions une photographie réalisée avant sa démolition.

Ce cliché, dû à Stéphane Geoffray, constitue un témoignage exceptionnel sur l’aspect de la porte peu avant sa disparition. La date exacte de la prise de vue n’est pas connue, mais elle est nécessairement antérieure au 6 août 1854, date à laquelle le conseil municipal décide sa démolition.

Stéphane Geoffray, pionnier de la photographie, a réalisé de nombreuses vues documentaires de la ville et de son patrimoine architectural.

Les dernières années

Au XIXᵉ siècle, la porte n’avait plus aucune utilité militaire.

Au contraire, son passage voûté constituait désormais un obstacle à la circulation. Le conseil municipal décida donc, le 6 août 1854, sa démolition. Les propriétaires des constructions adossées à la porte furent indemnisés afin de permettre son enlèvement et l’élargissement des abords.

Cette délibération fait l’objet d’une page spécifique consacrée à la démolition de la porte Chanteloup.

L’alignement de la maison Batty

Quelques mois après la décision de démolir la porte, Claude Batty, propriétaire d’une maison voisine, présente une nouvelle proposition d’alignement.
Établi le 20 avril 1855, ce plan illustre la contestation par Claude Batty de l’alignement fixé par la municipalité après la démolition de la porte Chanteloup. Le trait rouge représente l’alignement officiel demandé, tandis que le trait bleu matérialise celui proposé par le propriétaire. Au-delà du simple aspect foncier, ce document montre les conséquences concrètes de la disparition de la porte sur les propriétés riveraines et l’aménagement de la rue.

Le plan Batty, détail retouché, 20 avril 1855. Le plan est conservé aux archives municipales de Charlieu.

Bien qu’elle ait aujourd’hui totalement disparu, la porte Chanteloup est sans doute l’une des anciennes portes de Charlieu les mieux documentées grâce aux archives, aux plans anciens et à l’unique photographie réalisée par Stéphane Geoffray avant sa disparition.

Chronologie
DateÉvénementSource
Seconde moitié du XIVᵉ siècle (après 1358)Construction probable de la porte Chanteloup lors de l’édification de la seconde enceinte de Charlieu.Édouard Jeannez, Les fortifications de l’abbaye et de la ville fermée de Charlieu en Lyonnais, p. 470-471.
1er avril 1622Les consuls ordonnent la réparation des principales portes de la ville, dont la porte Chanteloup.Jeannez, p. 475-476.
1650Le dénombrement des consuls mentionne un corps de garde établi près des portes, quelquefois loué en temps de paix.Jean-Baptiste Desevelinges, Histoire de la ville de Charlieu, p. 309.
1679Rapport de Jean Jeanvier, maître maçon, et Jérémie Delarue, maître charpentier, sur les réparations du pont-levis de la porte Chanteloup.Archives départementales de la Loire, B 1316 ; Chaverondier, Inventaire sommaire, série B.
1684-1685Verbal de l’état de la porte Chanteloup, rompue par le char du granger de Sieur Jean-François Bardet, de Saint-HilaireArchives départementales de la Loire, B 1316 ; Chaverondier, Inventaire sommaire, série B, page 337
19 mai 1702Acte passé entre le seigneur prieur de Charlieu et Jean Alleigne au sujet de la porte ChanteloupArchives départementales de la Loire, B 1316 ; Chaverondier, Inventaire sommaire, série B, page 361
Entre décembre 1772 et novembre 1773Ordonnance fixant le marché des fils de coton près de la porte ChanteloupArchives départementales de la Loire, B 1316 ; Chaverondier, Inventaire sommaire, série B, page 388
1769La porte Chanteloup figure sur le plan général de Charlieu dressé par Andriot.Plan Andriot, 1769.
Vers 1850 ?Stéphane Geoffray réalise l’unique photographie connue de la porte avant sa destruction (prise de vue nécessairement antérieure à la démolition).Fonds Geoffray, Médiathèques Roannais Agglomération.
6 août 1854Le conseil municipal décide la démolition de la porte Chanteloup.Registre des délibérations municipales, archives municipales de Charlieu.
20 avril 1855M. Claude Batty propose un autre projet de mise à l’alignement pour sa maison. La porte est déjà détruite.Plan d’alignement Batty
1856Au sujet des portes, Desevelinges constate : « Aucune n’existe aujourd’hui. »Desevelinges, p. 309.
Sources
  • Archives municipales de Charlieu, registre des délibérations du conseil municipal, séance du 6 août 1854.
  • Jean-Baptiste Desevelinges, Histoire de la ville de Charlieu depuis son origine jusqu’en 1789, Roanne, 1856.
  • Édouard Jeannez, Les fortifications de l’abbaye et de la ville fermée de Charlieu en Lyonnais, Bulletin de la Diana, t. II, 1883.
  • Auguste Chaverondier, Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790 – Loire. Série B, Saint-Étienne, 1888.
  • Plan Andriot, 1769, copie, collection Cédric Bassi.
  • Cadastre napoléonien de Charlieu.
  • Plan d’alignement de Claude Batty, 20 avril 1855 (archives municipales de Charlieu).
  • Stéphane Geoffray, photographie de la porte Chanteloup, Fonds Geoffray, Médiathèque de Roanne.

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Page créée le 11/07/2026 — Dernière mise à jour le 12/07/2026