Une longue attente

Entre le premier projet et l’arrivée du train à Charlieu, près de dix-sept années s’écoulent. Accord de la concession, déchéance des premiers entrepreneurs, intervention de l’État et reprise du chantier par la compagnie du PLM : il faut attendre près de dix-sept ans pour entendre le premier coup de sifflet en gare de Charlieu.

Les premières concessions

L’idée d’une liaison ferroviaire entre Roanne et la vallée de la Saône prend corps au début des années 1870. Le projet est porté par le département de la Loire, qui en confie la réalisation à MM. Parent-Pécher et Riche frères. Il est définitivement approuvé par le décret du 8 janvier 1874, déclarant d’utilité publique l’établissement d’un chemin de fer d’intérêt local reliant Roanne à la limite du département de Saône-et-Loire, dans la direction de Cluny. Le même texte sera voté par le département voisin de Saône-et-Loire, où doit se poursuivre le parcours.

  • 26 septembre 1872 : approbation du projet par le conseil général de la Loire.
  • 28 août 1873 : signature de la convention avec Parent-Pécher et Riche frères.
  • 8 janvier 1874 : déclaration d’utilité publique par décret présidentiel

La convention et son cahier des charges ne se limitent pas à autoriser la construction de la ligne. Ils règlent dans les moindres détails son exploitation : dépôt d’un cautionnement de 100 000 francs, obligations financières des concessionnaires, voitures de troisième classe vitrées, compartiments réservés aux femmes voyageant seules, transport des dépêches postales ou encore des convois funéraires.
Découvrir le décret, la convention et le cahier des charges de 1874.

Un chantier interrompu

Le 2 juin 1877, le préfet de la Loire déclare les concessionnaires Parent-Pécher et Riche frères déchus de leurs droits. Les raisons précises de cet échec restent encore mal connues. Les archives départementales de la Loire conservent cependant les dossiers de concession et de déchéance, qui permettront peut-être d’en comprendre les causes. (5 S 300 et 5 S 301).
Le projet entre alors dans une période d’incertitude. Le Conseil général doit envisager de nouvelles solutions pour assurer la réalisation de la ligne.

En 1880, la ligne est incorporée au réseau des chemins de fer d’intérêt général. L’État reprend alors le projet et en confie finalement la concession à la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée (PLM), par la convention du 26 mai 1883, approuvée par la loi du 20 novembre suivant.

Une réception glaciale

Le 21 janvier 1889, la ligne est prête pour l’ouverture commerciale. Une commission composée d’ingénieurs de l’État et de représentants de la compagnie PLM parcourt la nouvelle ligne afin d’en prononcer la réception officielle.

Parti de Roanne à sept heures du matin par un froid polaire, le train spécial transporte une cinquantaine de personnes, parmi lesquelles plusieurs hauts responsables de la compagnie. À Charlieu, tous s’attendent à être accueillis par les autorités locales.

Il n’en est rien.

À leur arrivée, la gare est déserte. Ni le maire, ni le conseil municipal, ni la moindre cérémonie officielle. Le « punch d’honneur » annoncé ne sera jamais servi.

Le Journal de Roanne rapporte l’incident avec une ironie mordante :

« On n’a pas vu à la gare, hier, l’ombre d’un Charliendin, et M. Daigne lui-même n’a pas daigné venir faire aux cinquante ingénieurs les honneurs de son pays. »

Journal de Roanne, 24 janvier 1889 (RetroNews)

Le jeu de mots sur le nom du maire traduit le ton moqueur adopté par le journaliste. Cette absence d’accueil s’explique sans doute par le ressentiment encore vif des élus charliendins. Depuis près de quinze ans, la ville avait vu s’accumuler retards, échecs et rebondissements avant que la ligne ne devienne enfin une réalité.

Faute de réception officielle, les membres de la commission visitent l’abbaye avant de reprendre leur voyage.

Dix-sept années d’attente

L’absence des Charliendins n’est pas une simple maladresse protocolaire. Elle traduit surtout la lassitude d’une population qui attend cette ligne depuis de nombreuses années.

Le Journal de Roanne conclut avec justesse :

« Voilà ce que c’est aussi que de laisser neuf années durant tout un peuple dans l’attente d’une ouverture de ligne qui ne se produit jamais. »

Journal de Roanne, 24 janvier 1889 (RetroNews) – cliquez pour lire l’article complet

En réalité, si l’on remonte aux premiers projets, les habitants espèrent l’arrivée du chemin de fer depuis près de dix-sept ans.

Enfin le premier train

Quelques semaines plus tard, le 1er mars 1889, la ligne est enfin ouverte au trafic des voyageurs.

L’arrivée du chemin de fer transforme profondément la vie de Charlieu. Les déplacements deviennent plus rapides, les échanges commerciaux se développent et les industries locales disposent désormais d’un moyen efficace pour expédier leurs productions.

Pendant près d’un siècle, la gare de Charlieu sera l’une des principales zones d’activités de la ville.


DateÉvénementSource
26 septembre 1872Le Conseil général de la Loire approuve le projet de chemin de fer d’intérêt local reliant Roanne à la limite de la Saône-et-Loire.Mentionné dansd le décret n° 3234 du 8 janvier 1874
28 août 1873Le préfet de la Loire signe la convention de concession avec MM. Parent-Pécher et Riche frères.Le texte intégral de la convention figure en annexe du décret n° 3234 du 8 janvier 1874
8 janvier 1874Le projet est déclaré d’utilité publique.Décret n° 3234 du 8 janvier 1874.
2 juin 1877Les concessionnaires Parent-Pécher et Riche frères sont déchus de leurs droits.Rapport du préfet de la Loire.
3 juillet 1880La ligne est incorporée au réseau des chemins de fer d’intérêt général.Loi du 3 juillet 1880.
26 mai 1883L’État concède la ligne à la compagnie du Paris-Lyon-Méditerranée (PLM). Convention approuvée par la loi du 20 novembre 1883.Bulletin des lois n° 834.
21 janvier 1889Visite de la commission d’ouverture.Journal de Roanne, 24 janvier 1889.
1er mars 1889Ouverture de la ligne au public.Journal de Roanne, 21 février 1889.


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Page créée le 10/06/2026 — Dernière mise à jour le 27/06/2026